Dépôts atmosphériques azotés et leurs effets en forêt: un bilan des sites d’observation à long terme

Thimonier Anne 1, Graf Pannatier Elisabeth 1, Schmitt Maria 1, Waldner Peter 1, Schleppi Patrick 1, Braun Sabine 2

1 Institut Fédéral de Recherches sur la Forêt, la Neige et le Paysage, Zürcherstr. 111, CH-8903 Birmensdorf
2 Institut de biologie végétale appliquée IBA/IAP, Sandgrubenstrasse 25/27, CH-4124 Schönenbuch

J. For. Suisse 163 (2012): 343-354

DOI: 10.3188/szf.2012.0343


Résumé

Les émissions de polluants azotés ont atteint un pic dans le milieu des années 1980 et ont diminué depuis, mais elles restent à un niveau élevé. L’inquiétude suscitée par d’éventuels effets de la pollution sur la vitalité des forêts a motivé la mise en place de sites d’observation à long terme. De tels sites ont ainsi été établis en Suisse entre 1984 et 1995 au sein de trois réseaux (IAP, LWF et NITREX). Notre objectif est ici de caractériser la disponibilité en azote des sites étudiés et son évolution en l’espace de 15 et 25 ans. Les apports atmosphériques d’azote ont été obtenus pour chaque site par un modèle (IAP) ou à partir de l’échantillonnage des précipitations sous forêt (LWF et NITREX). Les indicateurs de la disponibilité en azote d’un site comprennent le lessivage de nitrate en dessous de la zone racinaire (43 sites), les concentrations foliaires des arbres en azote et en autres nutriments (>100 sites) et la composition floristique de la végétation du sous-bois (59 sites). Les dépôts atmosphériques d’azote ont diminué significativement sur 8 sites sur 12 (LWF) au cours des 15 dernières années. Cependant, sauf dans les Alpes, ils se situent dans la gamme de charges critiques empiriques pour l’azote, voire excèdent ces charges critiques, qui correspondent aux dépôts au-dessus desquels des changements négatifs peuvent affecter l’écosystème. Le lessivage de nitrate peut être localement élevé. Il dépend de l’amplitude des dépôts, mais aussi d’autres facteurs comme les propriétés du sol. Les concentrations foliaires des arbres en azote et phosphore ont eu tendance à diminuer au cours des 15–25 ans. La comparaison de relevés de végétation, effectués d’abord en 1984, puis répétés en 2003/2004, indique une augmentation du caractère nitrophile de la végétation (IAP). Sur un plus petit nombre de sites (LWF), sur une période plus courte et plus récente (entre 1994 et 2011), nous n’observons par contre pas de changements significatifs.


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